photographier, quoi d'autre ?
je dis souvent "aimer, photographier, quoi d'autre?"
alors, quand on ne sait plus aimer, il ne reste que la photographie
je sors dans la kasbah où je vis pour quelques temps,
j'erre, me perds dans les ruelles, les dédales, la lumière du matin est belle
le soleil se glisse, les ombres sautent
je saisis des impressions
je saisis ce que je suis
retrouver l'errance
peut-être qu'il faudrait ainsi rouler sans s'arrêter ou si peu
en train ou en auto pour retrouver ce vide
le vide de l'errance
le vide de la disponibilité
s'ouvrir à ce défilement, ne presque rien garder
une émotion
un rien
une larme
qui n'affleurerait pas
qui resterait dans la limite de la peau
mais qui pourrait se donner à voir
dans un premier temps, les photographies seraient mauvaises
mais en réalité, ce ne serait pas vraiment important
question(s) d'errance(s)
les errances intérieures me renvoient à chacune de mes errances sur les traces des lieux...
après tout, l'errance, ne serait-ce pas répondre à la question : "qu'est ce que je fais là?"
la contrainte de l'errance





j'erre dans les lieux abandonnés de Tanger
je réalise à quel point photographier dans cette errance, c'est accepter
accepter les contraintes
on croit qu'errer est une liberté, mais c'est faux
l'image s'impose à nous et il faut l'accepter, faire avec la lumière, avec le cadre
errer, c'est avancer, savoir choisir de ne plus qu'être un regard
décider qu'il n'y a plus de place pour autre chose que le regard





"je te raccroche"...
je pars errer dans les rues d'outremont
la nuit n'est pas encore là
mais la tempête a vidé les rues depuis longtemps déjà
la rue laurier est déserte
je photographie les aventuriers de la neige
je marche
la neige est cinglante, douce et amère,
mes pas s'inscrivent à la recherche de mon futur
ils me mènent dans ce café qui fut longtemps mon bureau
je n'ai pas faim
et pourtant je commande un cheese-cake
je savais, en franchissant la porte de l'immeuble que c'était comme un but
mon errance ci....
une errance pour un cheese-cake
je suis étrangement si triste et un peu heureuse
errance intérieure
je quitte lacanau sous la pluie
j'arrive à l'hôpital et découvre franck sous assistance d'oxygène,
je cherche l'infirmière, elle m'explique
je repars
la gare
un café
il pleut toujours
des larmes de rage, d'impuissance et de tristesse brouillent mon regard
le train file à travers la campagne
peu à peu le soleil me tient compagnie, éclaire mes images
j'erre en moi, à la recherche de l'apaisement
à la recherche de la force
à la recherche de l'amour
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