l'errance du petit matin, un peu de silence et de brume







je marche dans les rues de bordeaux,
il fait nuit noire, je croise parfois quelques humains, le pas décidé...
le jour se lève, la nuit puis le brouillard,
l'odeur si particulière du brouillard qui s'étire sur le fleuve...
je pars à la dérive...

errance(s), correspondance(s), obsession(s)







j'erre dans le village de l'herbe
il me semble avoir tout photographié
je m'assieds face à l'eau
je regarde les pignots
ces fantassins qui nous protègent
je sens le besoin d'errer au milieu d'eux
de les envisager en série
cela donne le travail correspondance(s)/obsession(s)

errance(s) vidéographique(s)






une campagne sous un soleil de plomb
un village sur un coteau
la chaleur est intense
une chapelle semble à l'abandon
le sol est de terre battue
sur des écrans blancs, immenses, défilent des vidéos de pas
je mets mes pas dans ceux des autres
je reste des heures, fascinée

errance(s) et incertitude(s)






tu pars
je reste assise à cette terrasse, sous la pluie
les passants se pressent
dans la même direction que toi
mes errances me ramènent toujours à toi
j'ai parfois la sensation que tu es comme un port
défiant les vents, les marins, les tempêtes
ancré(e), dans l'attente qui n'en est pas une
ancré(e) dans la vie, la terre
à la frontière de mes errances
....
j'ai toujours le ressenti que c'est la dernière fois

errance(s) crépusculaire(s)






je suis assise sur un bunker, celui à la tête d'aigle...
je regarde presque absente et pourtant tellement là
si loin et pourtant si proche du souffle qui me touche,
et c'est une autre présence qui brutalement m'envahit
et du haut de ce lieu de mémoire, j'erre vers d'autres lieu(x)
j'erre vers une autre

errance(s) immobile(s)







la journée s'achève, besoin tout à la fois d'être dans la solitude et dans le monde, j'erre sur un tabouret de bar, mes pensées dérivent, mon appareil photographique enregistre pour moi ce qui se passe autour, peu à peu, la lumière s'enfuit

les errances viscérales












étrange ce besoin viscéral qui finit toujours par ressortir de croiser les nuits
de partir en quête de cette odeur si particulière des errances noctambules
presque par hasard...
sortir acheter des cigarettes....
simplement croiser ma nuit
et faire les portraits de nuit des hommes en fumée

l'errance rouge






j'ai fait le rêve d'une errance, une errance rouge
un rouge qui ne serait pas le rouge de la colère
un rouge qui ne serait pas le rouge du sang

errance(s) à la recherche d'une humanité





errance à la recherche d'un humain
de l'humain de cette première journée de mai
et toute la journée, comme un mantra,
je demandais "vous n'auriez pas vu passer un humain ?, je cherche un humain"

errance(s) ...on the road







j'ai longtemps aimé rouler sans but
j'ai toujours aimé les road movies
quand le mouvement intérieur accompagne le mouvement extérieur
quand la vitesse est corollaire de la solitude, de l'ouverture à l'imprévu
ne pas savoir ce qui va arriver, ce qui peut arriver
s'offrir à l'expérience du monde
j'ai alors souvent des absences, je roule, je regarde autour de moi, je ne sais plus où je suis, je dois alors répondre à la question "qu'est ce que je fais là?"...

errance(s) noctambule(s)








j'avais oublié à quel point j'ai aimé m'enfoncer dans les nuits
m'y perdre
y errer
à la rencontre des autres âmes solitaires
intensité de ces rencontres improbables
des rencontres sans lendemain
sans avenir
sans passé
nuits de perdition
parfois nuit(s) de rédemption
j'ai aimé tous les compagnons de la nuit, l'alcool, les drogues, les lits dans lesquels on se réveille sans même savoir où nous sommes
les petits matins
les soleils qui se lèvent
la vie
que l'on laisse derrière soi
sur laquelle on ne se retourne jamais
chaque nuit pareille à l'autre
chaque nuit si différente

errance à la recherche de soi-même

errance(s) dans un jardin mouillé...






nos errances intérieures peuvent être pluie, arbre, fleur, herbe
nos errances intérieures sont parfois contemplation
lorsqu'arrive une croisée des chemins
nos errances intérieures sont solitude

errance(s) frontalière(s)







béhobie, une petite rivière, paisible, la bidassoa, un pont
et de l'autre côté, behobia, ville-frontière, ville espagnole
partout, des panneaux ricard et tobaccos, des commerces voués à un trafic plus ou moins licite
les cigarettes sont à moitié prix, l'alcool est omni-présent et s'étale à portée tentatrice des mains qui les raflent pour les engouffrer dans les paniers et cabas
ce n'est plus la france
mais est-ce déjà l'espagne ?
les deux langues volent, se croisent, se hèlent, se comprennent, l'euro est roi
les bars vendent bien des tapas
on peut y fumer
serviettes en papier et mégots jonchent le sol
distributeurs de cigarettes contre le mur
musique et radio hurlent à qui mieux mieux
ce n'est plus la france
mais est-ce déjà l'espagne ?

orchestre au palais-royal















entre deux rendez-vous, je déambule dans paris, zigzaguant autour de l'axe tracé par la rue de rivoli
je m'arrête pour photographier la danse de six patineurs
subitement, une musique arrive jusqu'à mes oreilles
je vois une foule amassée sur la place colette
je m'approche
un ensemble de musique classique joue une pièce de bach
je suis sous le charme, la musique, la place, une vieille dame émerge du public pour diriger spontanément l'orchestre
des badauds sortent leur téléphone portable pour immortaliser cet instant hors du temps
une jeune femme vend les cd de l'ensemble musical, le classique métropolitain
au retour, je cherche sur internet
ils jouent ainsi dans la rue, dans de nombreux endroits de paris
... temps d'une errance parisienne

il pleut sur liège...





je quitte liège pour bruxelles
puis bordeaux et la presqu'île du bonheur
j'ai aimé photographier ici, rencontrer d'autres photographes, d'autres regards, d'autres échanges
je sens à quel point mon errance à besoin de voyages, de découvertes, de mouvements non seulement intérieurs mais aussi extérieurs

ella



l'errance est aussi pour moi, parfois, un corps, une rencontre amoureuse, qui s'inscrit ou non dans la durée, mais qui est bouleversante, engageante, révélante
qui me donne le désir de m'arrêter
l'errance peut aussi être un arrêt

el movimiento borroso de mi vida....





les arbres jalonnant la route
ma route
de vielles âmes en marche
les arbres savent tout, ils ont des errances immobiles et centenaires
 
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